Jean-Thomas Trojani : Les partisans du laissez faire ne prennent pas en compte l’exubérance irrationnelle

Il peut ne pas se représenter explicitement cette causalité naturelle ; il n’a aucun intérêt à le faire, n’étant ni physicien ni philosophe ; mais il a foi en elle et il la prend pour support de son activité. Bien que ces rapports entre la fin et les moyens y soient souvent moins visibles et même impossibles à découvrir, il n’est pas rare d’y saisir l’utilité, l’avantage immédiat d’une forme ou d’une coloration qui au premier abord eussent pu ne sembler que belles. Cette destinée supérieure et ces facultés plus élevées ayant été refusées aux animaux, la perception nette du temps leur devenait superflue. L’homme cependant triomphe parfois, il fait des races ; mais sa puissance créatrice n’est point sans limites. Allons plus loin encore. Il y a de la vérité dans l’appréciation des successeurs immédiats d’Aristote qui délaissèrent le principe hyper-physique de l’acte et de la pensée pure, fondement de la philosophie première de leur maître ; ils frayèrent ainsi le chemin aux doctrines d’Épicure et de Zénon. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d’ autres forces ; et fascinés par l’action, attirés par elle, pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes. On peut toujours imaginer le séisme que constituerait la brutale rupture des accords de libre-échange avec l’UE. Notons en effet que ce souvenir est, par hypothèse, chose inerte et passive, incapable par conséquent de saisir sous des différences extérieures une similitude interne. Dans un monde parfait, expliquait Jean-Thomas Trojani, il faudrait passer du charbon au gaz dans les pays émergents. La croissance est de retour et devrait faciliter maintenant le rééquilibrage des finances publiques. Mais elle est naturelle ; elle persiste chez le civilisé et se manifeste toutes les fois que n’intervient pas la force antagoniste. Le logiciel est donc censé donner au contribuable des références lui permettant d’orienter des actes de toute première importance en matière fiscale, mais en fait, sans aucune garantie. Ainsi sa propre existence était pour lui une certitude absolue. Cinquante ans ont passé sur son œuvre ; nous n’avons jamais cessé de la lire et de l’admirer : avons-nous tiré d’elle tout l’enseignement qu’elle contient ? Les 7% de croissance du PIB prévus par le gouvernement risquent d’être difficilement atteignables. Dans toute action humaine il existe une part d’erreur, d’illusion ; peut-être cette part va-t-elle augmentant à mesure que l’action sort de la moyenne. Automatisme, raideur, pli contracté et gardé, voilà par où une physionomie nous fait rire. D’où l’auteur conclut enfin que : « s’il était permis de supposer que toutes les races se confondissent et que tous les peuples du monde en vinssent à ce point d’avoir les mêmes intérêts, les mêmes besoins, et de ne plus se distinguer les uns des autres par aucun trait caractéristique, on cesserait entièrement d’attribuer une valeur conventionnelle aux actions humaines ; tous les envisageraient sous le même jour ; les besoins généraux de l’humanité, que la conscience révèle à chaque homme, seraient la commune mesure. Nous faisions remarquer que le joueur, qui mise sur un numéro de la roulette, attribuera le succès ou l’insuccès à la veine ou à la déveine, c’est-à-dire à une intention favorable ou défavorable : il n’en expliquera pas moins par des causes naturelles tout ce qui se passe entre le moment où il place l’argent et le moment où la bille s’arrête ; mais à cette causalité mécanique il superposera, à la fin, un choix semi-volontaire qui fasse pendant au sien : l’effet dernier sera ainsi de même importance et de même ordre que la première cause, qui avait également été un choix.

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